Propos intempestifs, retours à la parole des anciens

Propos 1 : Quelques perles récentes, l'énorme puissance de la doxa



Voici les "perles de l'année" proférées sur les ondes par nos chers politiques et par nos "sachants" autoproclamés, judicieusement sélectionnées par André Bercoff :

https://www.youtube.com/watch?v=rkyfWmYtCYY


Bercoff a eu l’heureuse idée de les réunir avant les vacances de l’été 2022. On aurait tort de ne pas en réécouter la série, ne serait-ce que pour mieux en rire. Le journaliste de Sud-Radio a fort bien vu qu’il ne s’agissait pas de simples bourdes : elles témoignent de la mauvaise foi, de l'arrogance et de l’aveuglement idéologique des élites dirigeantes. Plus délicate, cependant, est l’entreprise visant à déceler la cause ultime et le dénominateur commun de toutes ces perles. Puisqu’en sont responsables non pas des candidats naïfs ou illettrés du baccalauréat, mais des élites dûment sélectionnées, ne convient-il pas de mettre ces bévues sur le compte des errements de la doxa ? Des idéologies sont concernées. Certes, elles ne sont pas d’une très haute teneur philosophique, mais sont-elles en elles-mêmes aussi ridicules que les perles qui en découlent ? L’irrationalité du facteur humain demande à être prise en compte. Disons que le terme grec doxa (opinion, croyance, ce qui m’apparaît, du verbe dokeô), tout en renvoyant à une cause globale, recouvre à la base un phénomène social et humain, une manière de voir les choses susceptible d’atteindre à la plus grande irrationalité. Toutefois, afin de ne pas plaquer un concept trop facile ou trop vague, un bref retour en arrière s’avère nécessaire.







Nul doute qu’il existe depuis longtemps une puissance de l’opinion. Platon associait la doxa à un "gros animal" (mega zôon) en raison de son caractère stupide et borné, certes, mais aussi tentaculaire, impérieux et éminemment dangereux. C'est "selon les opinions du gros animal" (epi tais tou megalou zôou doxais, in Rép. VI, 493c) que l'on décrète socialement ce qui est bien ou mal. L’arène politique et les cours de justice sont ses lieux de prédilection. Rappelons que, dans son antique version, la doxa du mega zôon avait voulu et obtenu le lynchage judiciaire de Socrate et qu'elle n’en était pas à une aberration près : l’égalitarisme de l’époque avait durement persécuté les généraux pourtant victorieux de la bataille des Arginuses. Comment, de nos jours, ne pas suspecter l’existence d’une doxa aussi aveugle et bornée, encore plus terrible, car dotée des moyens redoutables des technologies récentes ?


Comment la doxa se présente-t-elle généralement ? Loin de s’identifier, comme certains ont pu le croire, au bon sens populaire issu de l’expérience immémoriale, elle est plutôt urbaine, apparemment sophistiquée, déracinée mais se voulant subtile, d’essence germanopratine, dirions-nous. Déjà, dans la cité d’Athènes, elle se prétendait savante, impliquant la sophistique et la rhétorique, utilisant le medium de l’ancienne comédie d’Aristophane et de Cratinos. Platon n’a eu de cesse que de souligner les collusions entre la doxa et les sophistes, ceux-ci étant désignés comme les "mercenaires (mistharnountes)" du gros animal. L’accusateur le plus virulent de Socrate, était un sophiste nommé Polycrate, ayant publié un brûlot à son encontre. Bien après, Molière a relayé la leçon de Socrate : la doxa implique des sachants pouvant sombrer dans le comble du ridicule, se croyant d’autant plus forts que leur savoir est vide, ne se privant pas, d’ailleurs, par une logique imbécile, de se retourner contre ceux qui savent, les pourchassant même avec la plus grande âpreté. Jadis, la doxa s’en prenait aux grands et aux gueux comme Socrate et Strepsiade, dans les Nuées, réservant un sort particulier à ceux qui n’allaient pas dans son sens. Dernièrement, les "gueux" rechignant à l’écologisme des élites, ont été pris à partie avec l’affaire des "Gilets jaunes". Chose nouvelle, la doxa a engendré ces derniers temps des systèmes, a insufflé des idéologies en "isme" plus ou moins élaborées, comme le progressisme, le mondialisme, l’écologisme, le néo-féminisme, le wokisme, le genrisme, l'hygiénisme, le multiculturalisme, le véganisme, etc. Voici donc notre hypothèse : les perles de Bercoff mettent à nu la doxa, comme cause profonde et irrationnelle, impliquant les tendances idéologiques lourdes de notre époque.


Karl Jaspers, dans livre Situation spirituelle de notre époque (1931), avait dénoncé les systèmes intellectuels de son temps (marxisme et freudisme) qu'il appelait "substituts inutiles de la philosophie", car ces systèmes ne se limitent qu'à apporter des réponses simplificatrices (triangle œdipien, lutte des classes), aptes à recueillir l'acquiescement des "masses désorientées"(1). Le point commun des systèmes intellectuels d’hier et d’aujourd’hui est effectivement leur réductionnisme potentiellement totalitaire ou totalisant (voulant tout expliquer et tout régenter) et, partant, leur formidable puissance d'illusion. Les perles cataloguées par Bercoff témoignent, à ce titre, de l'aveuglement des élites actuelles, incapables de regarder la réalité en face, et produisant sans cesse, sous l’égide des doctrines totalisantes en "isme", des fake news, des expressions édulcorées, des aberrations inimaginables, toujours pour mieux la masquer.


Qui plus est, comme à l’époque de Socrate, le gros animal a besoin de boucs émissaires pour se nourrir, a besoin d’une "diabolisation" à outrance. Fort artisanale à l’époque, se transmettant par les comédies moqueuses, les pamphlets des sophistes et le bouche-à-oreille, elle est devenue politico-médiatique, via les réseaux sociaux. Socrate était qualifié de miarôtatos (i. e. "salopard de la pire espèce"). Maintenant, les injures suprêmes des mass-media sont "raciste", "complotiste", "réac", "facho", "extrême droite"(2), "sexiste", "populiste", "suprématiste", "islamophobe", etc. Sont désignés sous ces labels infamants tous les individus qui ne marchent pas avec les systèmes progressistes dominants, tous ceux qui voudraient maintenir les mœurs traditionnelles et la continuité historique de la nation, ou bien tous ceux qui ne misent pas inconditionnellement sur les concepts nouveaux et les produits récents de la technoscience. Ces "gens-là" se voient donc immédiatement disqualifiés au cours des discussions publiques ou privées, sans la moindre nuance. "The basket of deplorables" disait une certaine Hillary. Sont concernés ceux dont les paroles se rapprocheraient de près ou de loin des propos antisystèmes tenus par les personnalités les plus diabolisées. En l’occurrence, les perles rapportées par Bercoff pointent en direction des prétendus diables incarnés de notre époque, ou les sous-entendent, à savoir Raoult, Zemmour, Marine Le Pen, Poutine...


Premier exemple relevé par le journaliste. S'agit-il d'une perle ? Plutôt d'une curiosité (pour ne pas dire autre chose) émanant d'un sachant auto-proclamé pris en flagrant délit de diabolisation, révélant par la même occasion une ignorance abyssale du fonctionnement de la recherche.


Bercoff rapporte, en effet, les paroles d’un médecin urgentiste et réanimateur au CHU de Metz-Thionville. Cet honorable docteur s'est permis récemment de qualifier le Professeur Raoult de "plus grand escroc de l'histoire" et de "fake", de faire de la "mauvaise recherche" à caractère "frauduleux". Remarque : l'accusateur n'est ni épidémiologiste, ni infectiologue, ni virologue. Il voit Raoult à son image, comme "sachant" auto-proclamé. En somme, un non-spécialiste s'en prend à un spécialiste dans le cadre d'un lynchage médiatique, avec la complicité de certains journalistes de Sud-Radio. Le problème est que le spécialiste jeté en pâture, qui a été, comme on le sait, directeur de l'IHU de Marseille, s'est positionné longtemps en première place mondiale sur le plan des publications scientifiques en matière de virologie et de microbiologie. Il y a donc fort à croire que l'urgentiste ignore le fonctionnement de la recherche. Faut-il le rappeler? Les publications scientifiques se font en peer review : les articles publiés dans les revues internationales sont généralement contrôlés par des pairs d'une manière anonyme (le nom de l'auteur et des reviewers étant masqué), la sélection ne devant s’établir que sur des critères scientifiques.


Raoult est honni par les bien-pensants pour avoir osé proposer dans l’urgence, face à une nouvelle maladie, des molécules anciennes (hydroxychloroquine + azythromicine). Ce fut un crime impardonnable de lèse-majesté progressiste. Depuis le XIXe siècle, en effet, le système progressiste fonctionne selon une règle fondamentale ayant valeur d’impératif catégorique : toute nouvelle maladie doit forcément être traitée par un nouveau vaccin ou par une nouvelle molécule. Big pharma, encore un gros animal, ne peut exister et prospérer qu’à cette condition.


Autre perle ou curiosité : Delfraissy, Président du Conseil Scientifique dans l'affaire du covid, face à des étudiants qui lui posaient une bonne question, déclare d'une manière excédée "se foutre" de ce que feront "les gens" avec ledit vaccin contre le covid. Pour cause, l'étudiant avait parlé du "rapport bénéfice-risque" à la manière de Raoult (sans le citer néanmoins). Ce je-m’en-foutisme n’était, bien sûr, que mouvement d’humeur. Delfraissy n'a pas manqué d’imposer "aux gens", via les autorités politiques, le pass sanitaire, devenu pass vaccinal.


Jean Castex s'est ridiculisé à jamais au regard de la postérité en interdisant de boire debout dans les cafés et en autorisant de boire assis. Les enfants de nos enfants, s'ils survivent à nos erreurs, pourront rire et boire un bon coup en se racontant cette histoire. Voici donc, mise à nu, une composante essentielle de la doxa hygiéniste : son totalitarisme par contrôle (QR code à l’appui) des moindres faits et gestes. Les communistes chinois nous ont montré la voie qui n’est plus celle de l’Empire du Milieu : confinements à répétition et "crédit social" avec reconnaissance faciale.


Sandrine Rousseau, dans un registre parallèle, affirme clairement vouloir introduire la surveillance politico-idéologique des mœurs au sein des couples et des familles en créant le délit de "non partage des tâches". Saluons la venue prochaine dans notre pays du totalitarisme de l'extrême-gauche (avec ou sans reconnaissance faciale ?). La nouvelle Rousseau ne cessera jamais de nous étonner, affirmant, par ailleurs, tout son bonheur d’être avec un "homme déconstruit". Bien du plaisir! O tempora, o mores...


Notre ministre de l’Économie, Bruno Lemaire, récemment reconduit dans ses fonctions en raison de sa très grande clairvoyance, a déclaré au début du conflit ukrainien, avec une arrogance stupéfiante, vouloir mener une "guerre économique totale". Il a insisté : "nous allons provoquer l'effondrement de l'économie russe". Il en voulait évidemment à Poutine. Résultats des courses souligné par Bercoff : jamais le rouble ne s'est si bien porté et, nous autres Européens commençons à payer très cher la pénurie d'énergie, des biens de première nécessité (huile, blé) et des matières premières... Belle manœuvre ! Le mondialiste Lemaire, ayant tourné le dos au réel et ayant surestimé l'indépendance énergétique de la France et de l'Europe, nous mène tout droit à la faillite, et Poutine n’en sort que renforcé. Avec Lemaire et Macron, le tragique d’une guerre fratricide devient comique. Et les dindons de la farce, ce sont toujours les gens, nous en l’occurrence.


Autre perle pour le moins scabreuse : une Eurodéputée EELV, Aurore Lalucq, a osé dire que les hommes et le femmes ne "pissent pas de la même manière". Quelle mouche l'a donc piquée? Cette politique a pris un risque énorme qui l'expose à une possible radiation de son parti, en reconnaissant qu'il y a des différences biologiques essentielles et déterminantes entre l'homme et la femme. Quid des trans, alors ? Tout ne serait donc pas qu'une affaire de "genre" imposé par la société ? Quelle imprudence ! Les Romains nous avaient pourtant mis en garde : Vir prudens non contra ventum mingit (un homme prudent ne pisse pas contre le vent).


C’est plus difficile, il est vrai, pour une femme de le savoir, mais il y a de grands imprudents qui ne le savent toujours pas... Fabien Roussel du Parti communiste affirme "aimer le bon vin, le bon fromage et la bonne viande", se permettant dans la foulée de célébrer "la gastronomie française". Eh quoi ! Roussel ne serait-il pas pris en flagrant délit de zemmourisation ? Il est en tout cas immédiatement taxé de "suprématiste blanc" et de "raciste" ! Les censeurs et les surveillants de la police idéologique étaient à l'affût, bien embusqués dans leurs réseaux sociaux. On les entend prendre la parole dans la vidéo : ils n'ont pas tardé à réagir et à sanctionner l’auteur du dérapage. Oser dire qu'il y a de bonnes traditions viticoles et culinaires en France ! Quelle ringardise ! Roussel n'a toujours pas compris que le vent souffle du côté de la déconstruction de l'identité et la culture françaises. Macron avait pourtant bien dit en Février 2017 qu'il n'existe pas de culture française. Ce que susurre depuis un certain temps le gros animal, avec la confirmation d’un grand sophiste-mercenaire, Patrick Boucheron du Collège de France, avec son Histoire mondiale de la France. "Ce sont les étrangers qui ont fait la France", dixit la doxa.


Un prix spécial (pour son caractère inattendu) peut être décerné à une autre élue écologiste, au Conseil de Paris. Cette dame patronnesse dont, selon la formule de Chesterton, la vertu chrétienne est devenue folle, ne veut plus appeler un rat un rat. Afin d'éviter toute discrimination, elle l'appelle désormais "surmulot". Nietzsche annonçait la venue du "surhomme". Bonne nouvelle, le "surmulot" est déjà advenu à Paris et il prolifère ! Il faut, bien sûr, le laisser vivre. Finies les campagnes de dératisation, car cet animal, paraît-il, est un grand agent purificateur de déchets ! Dire qu'il propage des maladies est une idée nauséabonde et spéciste, visant à supprimer d'une manière ignoble certaines espèces animales ayant tout à fait le droit de vivre comme les autres. On n'est donc pas loin du "droit du moustique" égal en droit à l'homme, du végan Aymeric Caron, récemment élu député LFI. Il n'y a plus qu'à inscrire le droit des moustiques et des rats (pardon, des surmulots) dans la Constitution. Question subsidiaire : le gros rat d’égout couronné en « surmulot », ne serait-il pas le symbole du « gros animal » devant lequel il faut se prosterner ?



La palme peut être accordée à Anne Hidalgo, grande amie des quadrupèdes qui pullulent dans la capitale, qui a osé dire : "Regardez ce que j'ai fait à Paris, imaginez ce que pourrait être le pays". Perspective magnifique ayant enthousiasmé au plus haut point les Français ! Résultat : 1,75% aux urnes. Vox populi vox dei. Sursaut de bon sens? Preuve supplémentaire que la doxa ne doit pas être confondue avec la voix du peuple, alors même que notre pauvre peuple français est soumis à un matraquage politico-médiatique incessant.




Enfin, Bercoff rapporte l'énorme fake news de Darmanin sur l'affaire du Stade de France. Une perle ? Pas vraiment : il n'y a rien de risible. Plutôt un comble. Un condensé de toutes les aberrations : le "Premier Flic de France" ne fait aucune mention d’une délinquance endémique en Seine-Saint-Denis ayant semé le chaos, refuse d’assumer la responsabilité des faits terrifiants qui s'y sont déroulés, accusant les victimes mêmes des faits de délinquance. Bref, un parfait déni de réalité auquel s'ajoute une monstruosité d’injustice et de falsification du réel, ceci au su et au vu du monde entier. Ce ministre, qui a fait honte aux Français, loin d'avoir été démissionné pour incompétence totale, s'est vu lui aussi reconduit dans ses fonctions avec des pouvoirs supplémentaires. Pour cause, il mentait dans le sens du gros animal, dans le sens du wokisme. Le plus significatif est qu’il avait l’air de toute bonne foi. Il y a fort à croire qu’il aurait échappé au détecteur de mensonges.




"Conscience, conscience, instinct divin, immortelle et céleste voix; guide assuré d'un être ignorant et borné, mais intelligent et libre", disait Jean-Jacques Rousseau. On l’admettra volontiers pour les grands esprits et pour le commun des mortels. Au contraire, pour Darmanin et pour nos élites, c’est la doxa qui crée la "bonne conscience", comme instinct social et conformiste. Notre bon ministre, parangon du "camp du bien", devait à tout prix cacher l’origine africaine des hordes de barbares provenant des banlieues ou étrangers en situation irrégulière, ceux-là mêmes qui ont dévalisé avec une violence inouïe les supporters anglais et espagnols et agressé des femmes. Pour ceux qui, à l’inverse, contrevenaient à l’omerta, Darmanin avait activé la fonction diabolisatrice : Zemmour ayant osé pointer, envers et contre la bonne parole des autorités, les "racailles des banlieues", ne pouvait être qu’un félon "très nauséabond". Constatons que le mega zôon révèle parfois d’étranges pudeurs de gazelle.




Selon un certain chroniqueur royal, le grand chambellan Darmanin aurait dit : "Circulez, cachez-moi ces Sarrasins que je ne saurais voir !" Pour cause, le roi Macron 1er, fort magnanime, avait dit précédemment : "Protégeons-les ! Ils sont les Gardiens de Saint-Denis, sépulcre de nos rois, de cette vallée de silice où rivalisent nos meilleurs cultivateurs de jeunes pousses et nos entrepreneurs les plus aguerris, notre Californie sans la mer !" [2] Et, comme par enchantement, les enregistrements disparurent. Quant aux victimes anglaises, à l'inverse, c’était merveille de voir comment le noble Darmanin déployait tout son zèle pour les stigmatiser dans leur fourberie et pour les bouter hors de France.




Bergson, analysant la folie des hommes dans le cadre des religions archaïques, parlait de fonction fabulatrice comme instinct social. Voilà donc, en dernière instance, ce qui constitue l'unité des multiples fadaises en "isme", dont on nous rebat sans cesse les oreilles. Toutes ces idéologies, toutes ces perles ou aberrations nous montrent qu'il existe une doxa médiatico-politique qui n’est autre que la fonction fabulatrice des temps actuels. Cette fonction a pratiquement investi tous les organes de pouvoir (médias et partis "politiquement-corrects", gouvernements occidentaux, magistratures, institutions européennes, diplomatie, universités, ministère de l'éducation et syndicats des enseignants, grands groupes, big pharma, GAFAM, publicité). Curieux paradoxe : dans notre monde ultra-moderne, vient de surgir et parvient à s'imposer une nouvelle expression du mana, comme puissance magique et sacro-sainte, à laquelle il ne faut surtout pas s’opposer, sous peine d'être foudroyé, diabolisé, ostracisé, rejeté comme un paria. Face à un tel retour en force de l'archaïsme et du conformisme, dès lors que nos élites s'enferrent dans l'irrationnel et le mensonge, le dicton errare humanum est ne peut plus les excuser. Le cas Darmanin s'avère en définitive hautement emblématique : une expression, on pourrait dire, "chimiquement pure" de la nouvelle résurgence du mana. Les faits en témoignent : plus l'homo sapiens se glorifie comme étant à la pointe du progrès, plus sa nature d’homo demens éclate au grand jour.

Jean-Luc Périllié

22/07/2022





[1] Karl Jaspers, La situation spirituelle de notre époque (1931), 4e partie, 1, Les sciences de l'homme, Desclée de Brouwer, p. 183-184.


[2] Les observateurs éclairés savent fort bien que l’extrême-droite antirépublicaine, antiparlementaire et fasciste, fomentant des coups d’État à l’aide d’organisations privées à caractère paramilitaire (appelées milices), a totalement disparu de l’échiquier politique en France. Il n’empêche que la doxa dominante, afin de développer davantage son pouvoir politique et sa puissance de propagande, fait comme si l’extrême-droite classique existait toujours. Mais sur quels indices, sur quelles preuves s’appuie un tel point de vue ? Existe-t-il actuellement en France des équivalents des "Sections d’Assaut" ? Où sont, de nos jours, les pogroms de l’extrême-droite ? Voyons-nous, sous nos fenêtres, des "ratonnades" menées par des groupes armés ? Qui donc, actuellement, cherche à embrigader les masses en propageant la peur, et en essayant de créer par les outils informatiques les conditions ou les prémices d'une société totalitaire ? Voir les commentaires historiquement fondés de Marcel Gauchet (Revue des deux mondes, Entretien de Janvier 2022) : "Les critères classiques sur lesquels on pouvait s’appuyer pour définir une extrême-droite n’existent plus. L’extrême-droite au sens précis du terme, c’était le parti de la contrerévolution royaliste et catholique, hostile philosophiquement à la modernité démocratique et visant spécifiquement, en France, au renversement de la république. Elle avait connu une réactualisation au XXe siècle avec les nationalismes autoritaires ou totalitaires. Accessoirement, ce courant avait pu bénéficier du concours conjoncturel de ce produit local ambigu qu’était la tradition du bonapartisme plébiscitaire. Tout cela est mort et enterré ou ne subsiste plus qu’à l’état résiduel". Point de vue repris et confirmé par un observateur profondément de gauche, Michel Onfray, ne voyant rien en ce moment de comparable aux partis historiques d’extrême-droite : https://www.youtube.com/watch?v=eSrFLgoJQnU. Michel Onfray, à l'inverse du philosophe historien Marcel Gauchet, n'est pas unanimement apprécié pour la profondeur et la justesse de ses analyses, mais on peut le considérer indéniablement comme un bon pourfendeur de la doxa.


[2] La phrase exacte de Macron, le 23 mai 2021 : "C’est le département (Seine-Saint-Denis) le plus jeune de France, avec deux aéroports internationaux, le plus important stade sportif français et le plus grand nombre de créations de start-up par habitant (...). il n’y manque que la mer pour faire la Californie".